Une recherche d'équilibre

Monsieur le Ministre,

La présente vous est adressée dans le cadre du plan de gestion des poissons appâts vivants et morts au Québec. Comme vous le savez, obtenir le juste équilibre entre la gestion de la faune aquatique et les droits des utilisateurs est parfois extrêmement difficile à réaliser. Cela demande une méticuleuse recherche et une analyse objective de tous les éléments dans leur globalité. Il faut impérativement accorder ces deux pôles pour les harmoniser vers un objectif commun qui assurera le meilleur avenir possible pour les deux parties. C’est dans cet esprit que s’inscrit mon intervention.

Un glissement d’un côté ou de l’autre pourrait occasionner un déséquilibre qui serait nuisible aux intérêts de l’un et l’autre. Les bases fondamentales d’une saine gestion des ressources et des utilisateurs, construites de longue haleine, seraient rompues.

Suite à la récente conférence de presse du MFFP le 28 février dernier au sujet de la présence de la carpe de roseaux dans le fleuve Saint-Laurent, nous souhaitons vous apporter des précisions importantes ainsi que certains commentaires qui visent à nuancer les interactions de ce poisson avec son environnement.

Je réfère ici à l’annonce faite récemment par le MFFP sur l’application d’une nouvelle réglementation visant à interdire l’utilisation des poissons appâts vivants en période hivernale dans les zones 7 et 8. Après analyse des faits, je soumets respectueusement que celle-ci m’apparait trop radicale. En effet, elle met en péril le précieux équilibre entre la gestion des ressources halieutiques et les besoins des utilisateurs. Il m’apparaît que cette décision ne semble prend pas prendre en considération tous les éléments factuels qui peuvent mener à une prise de décision la plus équitable et optimale que possible.

J’aimerais souligner ici que la recherche de cet équilibre optimal fut toujours au centre de mes préoccupations.

Ce fut notamment le cas lors de ma participation en soutien au changement réglementaire auprès du Ministre Simard et du MFFP en 2012. L’objectif de mon intervention à l’époque était de témoigner de mon analyse des divers éléments entourant la SVH (septicémie hémorragique virale) une maladie infectieuse touchant les poissons ainsi que sur l’introduction des gobies à tache noir dans les eaux intérieures.

Je voudrais rappeler ici que la reconnaissance de la valeur de la pêche hivernale, laquelle a été soulignée par des gestionnaires du MFFP, ainsi que certaines des recommandations du MFPP, semblent être contradictoires avec la décision prise dernièrement d’interdire les appâts-vivants en période hivernale dans les zones 7 et 8.

Impact Économique

Tout d’abord, il faut savoir que depuis 2014, au Québec il s’est vendu annuellement 55 000 permis de pêche en moins. Ce qui représente une importante baisse dans les revenus du MFFP, soit une perte nette d’environ 1 600 000 $ annuellement.

D’autre part, la pêche hivernale est une activité très populaire pratiquée par 204 000 pêcheurs. À elle seule, cette activité représente 28% de toutes les ventes annuelles. En outre, les études ont démontré qu’elle engendre des retombées économiques d’environ 42 000 000 $ annuellement.

Il est à prévoir que la nouvelle règlementation entrainera une baisse appréciable de ces revenus dès que les adeptes de pêche hivernale se seront rendu compte de l’impact négatif sur leur résultat de pêche. Soit dans un horizon prévisible de 24 mois.

Outre l’impact certain sur les retombées économiques directes et indirectes de la pêche hivernale, laquelle profitent à plusieurs régions et municipalités, la nouvelle réglementation met en péril de nombreux emplois. Ceci durant une période saisonnière caractérisée par un ralentissement économique se produisant annuellement dans les régions.

Il faut aussi mentionner que 2000 à 3000 enfants profitent chaque hiver du programme de «Pêche en herbe» auquel sont rattachés une multitude d’activités et d’événements à travers un grand réseau de centres et pourvoiries de pêche.

Enfin, cette activité de plein air abordable est pratiquée par plusieurs familles Québécoises qui ne peuvent s’offrir d’autres sports d’hiver ou qui ont une capacité de déplacement limitée.

En conclusion, il s’avère évident qu’une mesure restrictive quant à l’utilisation des poissons appâts fragiliserait l’apport économique annuel important qu’apporte la pêche hivernale. Sans compter qu’elle réduira grandement l’engouement des pêcheurs fervents ainsi que de nombreuses familles envers cette activité.

La « carpe asiatique »

Tout d’abord, je me dois de vous faire part d’un triste constat. En effet, j’ai noté que la carpe asiatique, sujet de nombreuses craintes, a fait l’objet d’une désinformation qui a créée à tort une atmosphère de panique.

L’utilisation sensationnaliste du spectre représenté par la carpe asiatique a installé un climat de crainte injustifiée. Ce qui représente un terreau favorable à des réactions démesurées. Ne dit-on pas qu’aux grands maux les grands moyens ? Encore faut-il avoir bien identifié la mesure réelle du problème concerné. La mise en application des nouvelles règles de pêche ayant trait à l’interdiction totale des poissons appâts vivants est une réaction basée sur un faux problème.

Mais il s’agit d’une méprise qu’il faut impérativement décrier.

Précisons d’abord que la carpe asiatique est une appellation désignant quatre espèces provenant d’Asie. La carpe de roseau n’est qu’une de ces quatre espèces et, il faut le dire, elle est la moins menaçante de toute. Les autres étant la carpe argentée et la carpe à grosse tête - qui s’alimente de zooplancfaton et phytoplancton - ainsi que la carpe noire - qui se nourrie de mollusques et crustacés.

La carpe de roseau

L’une des particularités de la carpe de roseau (Ctenopharyngodon idella) est qu’elle est principalement herbivore. Il est reconnu qu’une fois établie, la carpe de roseau a un impact sur les habitats aquatiques herbeux. Mais le niveau de cette perturbation demeure indéterminé. En effet, il y a trop d’inconnu pour soutenir que cette espèce est néfaste dans un système tel que le réseau du fleuve Saint-Laurent. Par exemple, on ignore quelle est la réelle capacité de la carpe de roseau à s’établir dans le Saint-Laurent et il n’y a aucune preuve démontrant que ses herbiers soient véritablement vulnérables face à cette espèce.

Carpe de roseau
La Carpe de roseau

Bien qu’il soit reconnu que certaines espèces de plantes aquatiques peuvent être plus vulnérables que d’autres, aucune évaluation n’a encore été produite à ce sujet. Ceci dit, le Saint-Laurent et ses tributaires constituent un écosystème spécifique ayant des caractéristiques propres à ce type de milieu. Encore une fois, à ce jour, aucune évaluation touchant le Saint-Laurent n’a été produite sur une telle vulnérabilité. Soutenir le contraire n’est que pure spéculation sans aucuns fondements scientifiques.

Je souligne qu’il n’est aucunement mon intention de mettre en doute les recherches du Dr Louis Bernatchez. Celui-ci a mis au point une méthode de repérage environnementale qui, en combinaison de multiples autres outils, permet de bonifier la saine gestion éclairée de la faune aquatique. Il va sans dire que les travaux et l’implication du Dr Bernatchez et de son équipe sont reconnus mondialement. De fait, il représente une sommité dans le domaine des études et de la recherche génétique, toutes espèces confondues. Une expertise Québécoise qui démontre la qualité d’encadrement de la gestion de la faune aquatique dont nous bénéficions.

Contrairement à ce qui est largement véhiculé tel que sur le site de Carpeasiatique.ca, il n’y a pas de preuves concrètes et claires témoignant de l’établissement de populations dans les Grands Lacs et leurs tributaires et encore moins d’activités reproductives. Malgré que, parmi les spécimens récoltés sporadiquement dans le système des grands lacs, se trouvaient des individus qui démontraient un potentiel de fertilité, aucune preuve tangible et scientifique n’a démontré qu’une reproduction naturelle pourrait se produire. De plus, aucune évaluation du potentiel d’établissement de la carpe de roseau dans nos régions n’a encore été amorcée.

J’aimerais ici citer Tammy Newcomb, conseillère senior en matière de politique de l’eau pour le Michigan Department of Natural Resources à propos de la carpe de roseau :

« They don't seem to experience the same explosive reproductive capacity that bighead and silver carp do in every place they invade ».

Ce qui se traduit comme ceci :

« Elles ne semblent pas démontrer la même capacité de reproduction explosive que la carpe à grosse tête et la carpe argentée qui le font dans tous les endroits qu’elles envahissent ».

Tel que déjà mentionné ci-haut, la capacité de reproduction de la carpe de roseau est incertaine et méconnue. L’énoncé alarmiste du MFFP n’a donc aucun fondement scientifique prouvé et tangible.

J’aimerais aussi citer une étude réalisée en Ohio dans la rivière Sandusky intitulée First direct confirmation of grass carp spawning in a Great Lakes tributary par Holly S. Embke, Patrick M. Kocovsky, Catherine A. Richter, Jeremy J. Pritt, Christine M. Mayer and Song S. Qian.

« In 2012, a commercial fisherman caught four juvenile diploid grass carp in the Sandusky River, a major tributary to Lake Erie. Otolith microchemistry and the capture location of these fish permitted the conclusion that they were most likely produced in the Sandusky River. Due to this finding, we sampled ichthyoplankton using paired bongo net tows and larval light traps during June–August of 2014 and 2015 to determine if grass carp are spawning in the Sandusky River. From the samples collected in 2015, weidentified and staged eight eggs that were morphologically consistent with grass carp. Five eggs were confirmed as grass carp using quantitative Polymerase Chain Reaction for a grass carp - specific marker, while the remaining three were retained for future analysis. Our finding confirms that grass carp are naturally spawning in this Great Lakes tributary ».

En résumé, cette étude mentionne la capture de quatre carpes de roseau juvéniles dans la rivière Sandusky, l’un des tributaires importants du Lac Érié. Des analyses microchimiques des otolithes de ces spécimens et leur localisation permettraient selon cette étude de conclure qu’il est «possible» que ces spécimens seraient originaires de la rivière Sandusky.

L’étude évoque également un échantillonnage effectué en juin-août 2014 et 2015. Parmi les échantillons prélevés en 2015, ils auraient analysé et identifié huit œufs qui seraient morphologiquement compatibles avec la carpe de roseau.

Encore une fois, il n’est pas de mon intention de remettre en question la découverte de spécimens juvéniles dans la rivière Sandusky ni son évolution dans ce tributaire ni la découverte de huit œufs dont cinq furent identifiés comme étant des œufs de carpes de roseau.

Toutefois, il est très important de noter que la conclusion indiquée dans cette étude est plutôt imprécise puisque précédée par l’expression « possible». Il s’agit donc d’une appréciation qui n’offre aucune certitude. C’est autrement dit une conclusion spéculative qui n’est pas soutenue par l’analyse scientifique.

D’autre part, je précise que certains éléments importants et non soulevés par cette étude demeurent inconnus :

  • À quel stade de croissance ces spécimens juvéniles ont-ils évolués dans la rivière Sandusky ?
  • Ces œufs étaient-ils fertilisés ?

Les tests microchimiques démontrent une évolution associée à l’environnement de la rivière Sandusky mais la provenance réelle des œufs est incertaine. En effet, les œufs de carpes de roseau sont dispersés dans les colonnes d’eau et peuvent avoir dérivé au-delà de 15 km. Il faut mentionner que cette étude portait sur un secteur de 10 km en aval d’un barrage situé dans la région de Fremont en Ohio. Ces œufs auraient très bien pu dériver à partir de l’amont du barrage.

De plus, il faut préciser que ces œufs ont été prélevés après une importante crue de la rivière. En raison des caractéristiques de la nidification des carpes, il est hautement vraisemblable que ces œufs aient été déplacés par la montée des eaux.

Il faut savoir que cette étude a ensuite été poursuivie pour tenter de capturer et d’identifier des alevins et des fretins de carpe de roseau. Mais aucuns spécimens ne furent trouvés :

« No grass carp larvae were collected in 2015 sampling, despite the capture of eggs. Three scenarios may explain the observed results:
  1. grass carp eggs did not survive to the larval stage in the Sandusky River in 2015;
  2. larvae grass carp were present where we sampled, but we did not detect them;
  3. we did not sample where larvae were present ».

Biens que plusieurs hypothèses aient été soulevées, au final, il demeure qu’il n’y a aucune preuve tangible ayant démontré la survie d’alevins ou de fretins dans la rivière Sandusky.

Conséquemment voici ce que cette étude démontre réellement après une analyse basée uniquement sur des éléments scientifiques :

  • présence d’œufs de carpe de roseau dans la rivière Sandusky ;
  • les œufs de carpe de roseau de la rivière Sandusky ne sont pas fertilisés ;
  • jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’alevins capturés ;

En ce qui a trait au réseau du fleuve Saint-Laurent, voici en résumé les conclusions que nous pouvons tirer à partir des éléments connus à ce jour et soutenus par des données factuelles et scientifiques :

  • le succès de la reproduction de la carpe de roseau est indéterminé pour le moment;
  • il est pertinent de demeurer vigilant mais sans toutefois être alarmiste à outrance et trop spéculer sur les impacts possibles de l’arrivée de cette espèce exotique;
  • il ne faut pas inclure faussement ou de façon désinformatrice tel que le site de réseaux sociaux du MFFP a fait en mettant une image d’un alevin, puisqu’il n’existe aucune preuve qui identifie ou scientifique qui démontre la présence de reproduction ou de présence dans le couloir fluvial ou le richelieu;
  • aucune présence d’alevin ou de spécimen juvénile n’a été dument confirmée dans les Grands Lacs et leurs tributaires jusqu’à présent;
  • l’analyse génétique d’échantillonnage démontre la présence de carpe de roseau dans le fleuve;
  • l’analyse génétique ne permet pas de chiffrer le nombre d’individu;
  • Les marqueurs et secteur identifié auraient pu être laissés par 1 ou 2 individus puisque selon une étude, le taux de déplacement moyen de la carpe adulte s'est avéré particulièrement élevé, soit plus de 1,7 km par jour. L'un des individus a parcouru 163 km en 5 semaine;
  • la présence à l’aide de marqueur génétique les plus répandues semble être entre le Lac St Pierre et le couloir fluvial de Montréal, plus précisément à l’entrée de la rivière Richelieu et Saint-François ainsi que dans le secteur de Contrecœur;
  • la localisation et les traces d’ADN suggèrent que les spécimens provenaient vraisemblablement des étangs au sud du lac Champlain. Selon ce scénario, la rivière Richelieu aurait pu en être le vecteur migratoire. Bien entendu il s’agit d’une spéculation ;

L’énoncé alarmiste du MFFP demeure une pente glissante dont les utilisateurs subissent les conséquences néfastes et injustifiables.

Distribution de la Carpe de Roseau

Il faut tout d’abord savoir que plusieurs états américains permettent l’achat et la production de carpe triploïde (stérile). Toutefois le procédé de stérilisation n’étant pas parfait, 5% des poissons demeurent diploïde (fertile).

Plus spécifiquement, l’achat et l’élevage de carpe de roseau est permis par l’un de nos voisins immédiat soit l’état de New York, notamment au sud du lac Champlain. Il en va de même avec l’Ohio, la Pennsylvanie et même en Alberta.

Conséquemment, il serait illusoire de croire que le Québec puisse se prémunir complètement contre la propagation de la carpe de roseau étant donné que plusieurs de nos voisins en autorisent librement l’utilisation. Il faudrait plutôt que ceux-ci adoptent une réglementation en interdisant l’utilisation.

Si nous considérons cette situation, il est clair que nous sommes vulnérables puisque nos voisins permettent l’achat et l’utilisation de carpes triploïdes. La protection de nos plans d’eau, étant donné ce contexte, dépend donc essentiellement de nos voisins et de l’harmonisation des règlements et des efforts de prévention. Dans cet objectif, il est impératif que nos voisins réalisent qu’ils doivent interdire complètement l’utilisation de la carpe sur leurs territoires.

À défaut de quoi, même les plus radicales mesures que pourrait adopter le Québec ne permettrait pas de nous protéger contre la présence potentielle de la carpe sur notre territoire.

Inutile de préciser à quel point il serait inutile et injuste que nos adeptes de la pêche hivernale soient pénalisés.

Utilisation des poissons appâts vivants

En 2012, lors de mon intervention auprès du MFFP en appui à la modification de la réglementation, l’objectif était de protéger nos eaux intérieures face à la maladie SHV ainsi qu’une éventuelle propagation de gobies à taches noires dans nos plans d’eau intérieurs.

Au moment d’annoncer la nouvelle réglementation qui s’ensuivit à cette époque, le Ministre Simard, la haute direction du MFFP et leurs experts reconnaissaient la valeur de l’utilisation des poissons appâts vivants dans le couloir fluvial en hiver ainsi que son encadrement dû à cette réglementation. En effet, la pêche blanche faisait exception à l’interdiction d’utilisation de poissons appâts vivants. En outre le MFFP reconnaissait que l’interdiction de la pêche avec menés en hiver aurait signifié à toute fin pratique la fin de la pêche blanche.

Francis Bouchard, biologiste du Service de la biodiversité et aux maladies de la faune s’exprimait alors ainsi à propos de cet enjeu :

«Il demeure des risques l'hiver. Il demeure que la clientèle d'hiver s'avère plus locale que celle d'été. Il y a donc moins de transports de poissons-appâts. Le ministère y est allé dans la gestion de risques dans ce dossier. Nous avons fait des expériences aussi et on s'est rendu compte que le poisson appât est largement supérieur l'hiver dans une échelle de 1 sur 10.»

Il est donc très clair que les résultats de pêche hivernale sont plus que largement supérieurs avec les poissons appâts qu’avec tout autre leurre de remplacement. Il va sans dire que l’engouement pour la pêche blanche en prendra un dur coup lorsque ses adeptes constateront que les résultats ne sont plus au rendez-vous.

Rappelons aussi ce que l’étude Brisson-Bonenfant et AL rédigé en 2010 mentionnait au sujet de l’influence du choix de l’appât sur la pêche blanche :

«Les résultats obtenus dans le cadre de ce projet scientifique montrent que le choix de l’appât utilisé lors de la pêche à la brimbale, en saison hivernale, influence significativement le succès de pêche pour la capture de la perchaude et du doré. Malheureusement, les appâts alternatifs aux poissons appâts testés dans ce projet, soit les vers de terre, la crevette cuite, l’asticot artificiel, la sangsue artificielle et le mené artificiel, n’offrent pas un succès de pêche à la brimbale aussi bon que celui obtenu avec les poisons appâts vivants et morts. »
« Dans l’ordre, ce sont les poissons appâts vivants puis morts qui sont associés au plus grand succès de pêche. Le ver de terre est, quant à lui, l’appât alternatif qui offre le meilleur succès de pêche pour la capture de la perchaude et du doré. La crevette cuite et les appâts synthétiques sont, lorsque efficaces, associés à de faibles succès de pêche. En effet, seulement 3.4 % des perchaudes ont été capturées avec les crevettes cuites, et cet appât n’a permis la capture d’aucun doré. En ce qui concerne les appâts synthétiques, seules les sangsues artificielles ont permis la capture de poissons, en l’occurrence du doré. Or, bien que les expériences effectuées suggèrent que ces appâts ont la capacité d’attirer du poisson, leur très faible efficacité par rapport à celle des menés vivants (7 % pour la crevette cuite) et morts congelés (5 % pour la sangsue artificielle) n’en font pas un choix intéressant pour les pêcheurs. »

Vous comprendrez que l’utilisation de poisson appâts vivants durant la période hivernale dans le couloir fluvial a une très grande importance sur le succès et la survie de cette activité. La valeur de celle-ci ayant d’ailleurs été reconnue et appuyée en 2012 par le Ministre Simard ainsi que de Francis Bouchard expert en faune aquatique.

Par ailleurs, il existe plusieurs exemples d’incohérences quant à l’utilisation des poissons appâts morts et vivants et la protection des eaux intérieurs. Par exemple, le MFFP avait émis jusqu’en 2015 un permis SEG au fournisseur de poissons appâts Glace Carnaval leur permettant d’importer des poissons appâts morts provenant de l’Ontario et des États-Unis dont la provenance provenait de plans d’eau identifiés comme étant à risque d’être infectés par le SHV et par le cladocère épineux !

Même si un programme de dépistage et de certification de non contamination faisait partie des contraintes et encadrements en application, il demeure que seulement un faible pourcentage des appâts seraient détectés, exposant ainsi à une contamination possible la région de l’Abitibi-Témiscamingue Celle-ci étant, soit dit en passant, la circonscription du ministre Blanchette.

Il faut savoir aussi que le SHV demeure actif même lorsque les poissons appâts sont congelés.

Il est important de mentionner que le transport de ses appâts contrevenait à la réglementation de zone de l’Ontario et de la réglementation internationale. Est-il utile de rappeler que le MFFP est allé à l’encontre de sa propre réglementation de 2012 visant à protéger ses eaux intérieures ?

J’aimerais aussi citer une étude de 2012 intitulé The management of bait in Ontario: a review rédigé par Steven J Kerr (Fisheries Policy Section, Biodiversity Branch - Ontario Ministry of Natural Resources) :

« Even dead bait can carry diseases or parasites. In 2011 survey, Purdy (2011) recovered 248 parasites (38 species) from baitfish sampled at a number of collection sites in Wisconsin. The baitfish industry and human movements of baitfish may serve to extend the ranges of some parasites ».

En fait, on peut dire que le MFFP a compromis son compromis envers la région Abitibi–Témiscamingue. D’autant plus que dans le couloir fluvial et ses tributaires, les pêcheurs commerciaux avaient comme directive de remettre toutes espèces exotiques et envahissantes à l’eau !

Conséquemment, le MFFP aurait tout intérêt à ce que les pêcheurs commerciaux récoltent et disposent de façon permanente de ses espèces envahissantes au lieu de les réintroduire dans le milieu. Il va sans dire que cette disposition ne pourrait à elle seule éradiquer ces espèces de nos plans d’eau mais offrirait tout de même un outil de plus.

Bien entendu, nous sommes d’accord sur le fait que l’utilisation des poissons appâts vivants dans le couloir fluvial et l’encadrement de cette pratique devrait être améliorée.

Cet encadrement devrait être jumelé à une baisse des permis émis pour la capture des poissons appâts vivants.

L’élaboration d’un protocole et de procédures visant à permettre de maintenir l’activité de pêche hivernale et d’en assurer sa survie devrait être envisagée.

Les Contradictions

Les contradictions sont multiples concernant l’application de la nouvelle réglementation allant des énoncés du Ministre Simard en 2012, de l’expert Francis Bouchard et de l’étude Brisson-Bonenfant. Lesquelles appuyaient l’importance de la pêche hivernale et l’utilisation de poisson appâts dans les eaux fluviales du St-Laurent.

Comment expliquer le compromis touchant l’importation de poissons appâts de l’Ontario, provenant de plan d’eau SHV positif, ainsi que la réglementation autorisant leur transport interzones et inter-provinces exposant l’Abitibi-Témiscamingue et ses plans d’eau à la transmission de la maladie SHV ?

Avant 2012, les poissons appâts vivants d’Abitibi provenaient et étaient importés de ou ?

Comment le MFFP explique-t-il le non-respect de sa propre réglementation vis-à-vis ses eaux intérieures ?

Comment comptons-nous protéger nos plans d’eau étant donné les différences avec nos voisins du sud et de l’ouest en matière de règlementation concernant les carpes ?

Comment pourrons-nous minimiser la propagation de pathogènes ou d’espèces envahissantes dans le couloir fluvial et ses tributaires, lesquels sont reliés et n’offrant aucune barrière ?

Comparaison

À titre comparatif, voici les stratégies et démarches adoptées par les gestionnaires de l’Ontario et encadrant la mise en place d’une réglementation :

  1. Consultation parmi ses partenaires fauniques, touristiques et des parcs ;
  2. Rédaction d'une proposition ;
  3. Consultations régionales de ladite proposition ;
  4. Adoption avec changement réglementaire vis-à-vis les particularités des zones ;
  5. Mise en application des réglementations.

Il s’agit d’une approche très saine qui aurait dû être appliqué au Québec. En effet, il existe plusieurs organisations, associations et collaborateurs qui auraient pu être consulté de prime abord.

Depuis 2014, il n’y a eu aucune consultation publique mené par le MFFP. Je souligne ici que j’attends encore les informations par le bureau de l’accès à l’information à ce sujet. Mais à ce jour, le MFFP a refusé de remettre les chiffres réels révélé lors de cette consultation. Pourtant, il s’agit d’une consultation publique dont les informations devraient être publiques.

Revenons sur l’exemple de l’Ontario. En 2010, les ventes de permis étaient de 900 000 unités (résidents et non-résidents). Puis en 2016 elles atteignaient 1 332 000 unités (900 000 permis pour résidents et 432 000 permis pour non-résidents). Il s’agit donc d’une augmentation très remarquable de 432 000 permis vendus, soit une hausse de 48 %.

Comparons également avec l’Alberta dont les ventes de permis étaient de 253 000 en 2010 et de 303 000 en 2015. Soit une augmentation de 50 000 unités représentant une hausse d’environ 20 %.

Au Québec, on observe un phénomène inverse. En effet, en 2014 il fut vendu 775 000 permis alors qu’en 2016 les ventes étaient de 712 000 unités. Ce qui représente une diminution de vente de 50 000 unités, soit une baisse de 9 %.

Je vous invite à lire la proposition de l’Ontario pour la réglementation des poissons appâts en 2017.

En résumé, la proposition de l’Ontario concernant l’utilisation des appâts vivants est une alternative intéressante qui mériterait d’être étudiée par les analystes du MFFP. Les experts en Ontario ne prennent pas la même direction qu’au Québec car ils reconnaissent l’importance de l’utilisation des menés vivants, laquelle est permise sur leur territoire.

J’aimerais préciser qu’en Ontario, quarante-huit espèces de poissons appâts sont autorisés alors qu’au Québec, ils ne sont que quatre

Toutefois, l’Ontario a fait le choix de mettre en place des mesures restrictives interdisant le transport des poissons appâts. De plus, il est à prévoir qu’ils apporteront des mesures encore plus restrictives orientées sur les interdictions de transport des poissons appâts.

Vous comprendrez également que les plans d’eaux partagés mèneront certainement vers des points contentieux envers la protection de leurs territoires respectifs.

Les conséquences de la nouvelle réglementation

Les conséquences directes et indirectes de la nouvelle réglementation sont considérables et néfastes sur plusieurs aspects.

Il est vraisemblable que certains pêcheurs commerciaux de poissons appâts vivants auraient tout de même subis des pertes même s’il y avait eu une mise en place d’un encadrement et d’un protocole et de procédures à la cueillette de ceux-ci. Mais la solution adoptée par le MFFP est de compromettre tous ce secteur économique.

En effet, la Nouvelle réglementation compromet bien sût l’avenir des détaillants. Il faut préciser que, au contraire de ce que le gouvernement allègue, le secteur de l’industrie de la pêche est en chute à tous les domaines des ventes : permis, détail, domaine nautique. Cette baisse est très marquée puisque de l’ordre de 26 à 29%.

De plus, elle affectera les centres de pêche et les pourvoiries qui offrent l’accessibilité, l’équipement, l’emplacement et le soutien de l’activité de la pêche hivernale.

Les conséquences les plus néfastes toucheront les utilisateurs payeurs, soit votre clientèle. Avec la chute libre de la vente de permis de pêche, il est à prévoir que l’hémorragie s’intensifiera. Il faut corriger cette situation en trouvant un équilibre qui permettrait d’éviter les effets les plus néfastes.

Les enjeux d’importance du MFFP

Au-delà de cette mesure restrictive, il a plusieurs enjeux d’envergure qui devraient être priorisées :

01Le problème de l’accès au plan d’eau privatisé par les municipalités

  • Depuis 2009, aucune intervention du MFFP ni du Mamrot ne fut entreprise pour remédier à cette situation ;
  • Il s’agit d’une privatisation d’un bien public pour lequel nous payons tous pour la gestion et sa protection ;
  • Pourtant la solution est simple. Il s’agit d’appliquer le même mécanisme de permis de sentiers offert au véhicules récréatif par l’achat d’un permis d’accès par l’entremise de ses guichets de ventes de permis de pêche ;
  • En fait, ce que nous vivons est un «Double Dipping». Nous payons d’un côté pour les coûts de la gestion et de l’entretien des accès et nous repayons ensuite pour l’accès. Il s’agit d’une aberration irraisonnable auprès de ses utilisateurs payants et ce, depuis 2009.

02Modifier et étendre les périmètres de zone tampon le long du lac St-Pierre et ses tributaires de 3 pieds à 30 pieds afin de les protéger et de minimiser tous les écoulements

  • Il s’agit de la contamination des eaux due aux écoulements agricoles et affecte directement la biodiversité et sa santé ;
  • Une problématique qui subsiste depuis 2000.

03Mettre en place un programme de sensibilisation en milieu scolaire de mise en valeur de l’activité de la pêche

  • Il faut intervenir de façon plus aiguë envers notre jeunesse afin d’assurer la relève mais aussi pour les éduquer sur l’aspect de la prévention, notamment concernant l’envahissement des plans d’eau par des espèces exotiques ;

04Réaménagement et restauration d’habitats importants

  • tel que les frayères et d’habitat saisonnier ;
  • réintroduction de la végétation aquatique indigène aux endroits dont la perte est mise en évidence selon les données du MFFP.

Solution / Conclusion

Le MFFP se doit d’explorer et de tenter de formuler une structure et un mécanisme, sous la forme d’un protocole afin de maintenir l’utilisation de poisson appâts vivants dans le couloir fluvial, du moins pour ses utilisateurs de pêche hivernale.

Il doit également développer un mécanisme pour l’utilisation de poissons appâts morts qui offre une protection saine de la ressource tout en permettant l’utilisation d’appâts morts localement.

À la lumière des éléments exposés dans les sections ci-haut, le MFFP a deux options :

  1. maintenir la réglementation 2016 ou
  2. ajouter une exception à la nouvelle réglementation 2017 afin de permettre l’utilisation de poissons appâts dans les zones 7 et 8 en pêche hivernale.

Ceci afin de disposer du temps nécessaire à l’établissement d’un projet expérimental qui permettra d’établir un protocole et des procédures encadrant la récolte et la distribution d’appâts vivants pour les zones 7 et 8.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre Blanchette, mes salutations les meilleures,

Marc Thorpe

Avec la collaboration de Denis Roy

Réviseur Scientifique
Michel La Haye
Biologiste, M.SC Env.