La science infuse québécoise

Le Québec prend position et pourtant Pêche et Océans Canada et le comité d'experts de la carpe asiatique des eaux limitrophes n'osent pas s'avancer compte tenu de l'absence de faits.

Les lacunes dans les connaissances ont une incidence sur le degré de certitude attribué au risque (voir les tableaux de probabilité dans Cudmore et al. 2017) posé par les carpes de roseau triploïdes et diploïdes dans le bassin des Grands Lacs; ces lacunes influencent la certitude des données relatives à un ou plusieurs éléments des formules de calcul du risque. En somme, les groupes qui sont aux prises avec la carpe de roseau depuis bien plus longtemps que nous ne sont toujours pas en mesure d'évaluer son risque compte tenu que :

  • Les différents stades biologiques de la carpe de roseau n’ont pas été évalués à chacune des étapes de l’évaluation. On manque de données et de connaissances sur les premiers stades de vie.
  • Comme on n’a pas mesuré l’ensemble de l’effort de surveillance, on ne connaît pas précisément la situation actuelle de la carpe de roseau dans le bassin des Grands Lacs et les eaux environnantes.
  • Les différences biologiques et comportementales exactes entre les carpes de roseau triploïdes et diploïdes (mortalité, croissance, comportement de frai, déplacement, etc.) sont inconnues.
  • Le volume des échanges commerciaux concernant les carpes de roseau diploïdes et triploïdes n’est pas bien compris.
  • On dispose de très peu d’information sur l’envergure du commerce illicite.
  • On en sait très peu également sur les possibilités d’empoissonnement intentionnel pour des raisons culturelles ou malveillantes.
  • On manque de données sur l’occurrence de la carpe de roseau dans l’industrie du poisson-appât et les prises accessoires dans la pêche aux poissons-appâts, en particulier du côté américain du bassin.
  • On ne sait pas si la carpe de roseau pourrait être présente dans les zones d’abondance de Cladophora.
  • On manque de données sur la fréquence des conditions propices au frai dans le bassin des Grands Lacs.
  • Les données relatives aux stimuli de frai varient.
  • On ne sait pratiquement rien des comportements reproducteurs, et notamment de la façon dont les individus se rencontrent aux fins de la reproduction et si un nombre minimum critique est requis pour stimuler le comportement de frai.
  • La possibilité de frai lénitique (lorsque les œufs tombent sur le substrat) doit être étudiée de façon plus approfondie; bien que ce type de frai n’ait pas été observé dans l’aire de répartition indigène, il pourrait se produire dans l’aire d’introduction.
  • On ne connaît pas le rapport entre le taux de survie hivernale (niveau critique et proportion de survie) et la survie thermique selon les modèles de niches écologiques.
  • L’effet de la prédation, de la concurrence et de la limitation des ressources sur la survie hivernale est inconnu.
  • On ne sait pas si les déplacements en vue de la reproduction accélèrent ou limitent la propagation parce que les poissons doivent rester près des rivières de frai ou à cause de l’agrégation des poissons attribuable au comportement de reproduction ou à la réaction aux phéromones de reproduction.
  • On manque de connaissances sur les déplacements, qui peuvent varier d’un individu à l’autre.
  • Aucune étude n’a été publiée concernant l’étendue des déplacements dans le réseau de canaux de l’État de New York ou la voie navigable Trent-Severn.
  • On ne comprend pas comment la carpe de roseau migre du lac Érié au lac Ontario par la rivière Niagara et, notamment, comment elle survit au passage par les chutes Niagara.
  • On ne connaît pas les limites de profondeur pour la carpe de roseau dans le système lacustre.
  • De manière générale, on manque de données sur les répercussions écologiques à l’état sauvage.
  • On n’a jamais étudié les macrophytes de prédilection de la carpe de roseau en regard des besoins des oiseaux en la matière.
  • On ne connaît pas la composition des espèces de macrophytes dans les zones de VAS du bassin des Grands Lacs.
  • L’influence potentielle de la carpe de roseau sur la moule zébrée est inconnue
  • Il faut pousser et cibler les recherches sur les changements écologiques attribuables à la carpe de roseau, particulièrement pour les populations naturelles dans les zones tempérées et les systèmes lacustres.
  • On ne dispose d’aucune information pour prédire les invasions d’autres espèces facilitées par la carpe de roseau et les interactions biotiques.
  • On comprend mal la biologie de la population potentielle de chaque lac (âge de reproduction, régimes des températures de reproduction, etc.), de sorte qu’il est impossible d’établir des modèles de croissance des populations pour chaque lac.
  • La combinaison de ces lacunes dans les connaissances a servi à établir les cotes de certitude, qui vont de très faible à faible pour certains éléments de risque en raison du manque de données et de la qualité des données disponibles. Voici les principales zones d’incertitude :
    • L’étendue et l’ampleur de l’introduction de carpes de roseau triploïdes et diploïdes liée à l’activité humaine (appâts, empoissonnement, commerce) dans tous les lacs; plus de renseignements et de données permettraient d’étayer les avis sur la probabilité de l’arrivée par cette voie (voir le tableau 7 dans Cudmore et al. 2017).
    • Les cotes de l’ampleur des répercussions écologiques de la carpe de roseau diploïde dans tous les lacs ont une certitude faible (voir le tableau 17 dans Cudmore et al. 2017). Il faut pousser et cibler les recherches sur les changements écologiques associés à la carpe de roseau, particulièrement pour ce qui concerne les populations naturelles dans les climats tempérés et les systèmes lacustres.