L'amalgame que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à fait en grande pompe lors de la conférence de presse du 28 février dernier en associant le dossier de la carpe de roseau à celui des poissons-appâts commence à sérieusement mettre en lumière les connaissances limitées dont faisait part le vérificateur général dans son Rapport du commissaire au développement durable au printemps 2016.

Le ministère a commencé en laissant sous-entendre une occupation de plus de 90% de la biomasse du Fleuve Saint-Laurent en faisant un autre amalgame en ne distinguant pas les 4 espèces désignées comme « carpe asiatiques » au Canada et aux États-Unis démontrant ainsi soit sa mauvaise volonté ou son manque flagrant de connaissances.

Une démarche scientifique boiteuse
Le ministère n'a pas trop de succès avec son argumentaire scientifique jusqu'à présent

Le ministère ne fait que donner son avis

Ce scénario catastrophe n'est pas sans rappeler les scénarios tout aussi alarmistes lors de l'arrivée du gobie à taches noires ou de la moule zébrée qui se sont pourtant adaptés dans leur milieu écologique. Le document préparé par Raymond Faucher sur la carpe de roseau et de son impact dans le fleuve nous démontre que nous sommes bien loin des « ravages » anticipés par la porte-parole du ministère. À ce jour, le ministère n'a pas été en mesure de déposer ses propres conclusions sur les impacts de la carpe de roseau dans le fleuve et se contente de brandir un simple avis scientifique sur la question.

Depuis déjà plusieurs années, le ministère ne partage plus ses données scientifiques et fait preuve d'une opacité dénoncée en invoquant notamment le « secret professionnel » ou des « documents internes » lorsque nous faisons des demandes d'accès à l'information. Le ministre fait même des abus de langage en invoquant disposer d'études quand ce n'est pas le cas.

On vit dans le passé

Le ministère invoque des études pour démontrer l'association entre l'introduction d'espèces envahissantes et les poissons-appâts en invoquant toujours les malheureux épisodes d'introduction du meunier dans les années 50 pour justifier sa décision. Or, les études en question démontrent que l'introduction se fait lorsque nous déplaçons des poissons dans les eaux intérieures ce qui est interdit au Québec depuis très longtemps, tout comme il est interdit depuis longtemps de ne pas jeter des produits toxiques dans le fleuve, de ne plus boire de bière en conduisant et qu'il est nécessaire de s'attacher en auto.

On paye pour avoir l'air d'avoir raison

Dans son entêtement d'avoir raison et de justifier sa décision d'avoir invoqué l'urgence de mettre fin à la pêche aux poissons-appâts, le ministère à préféré ignorer la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs du Québec, la Fédération québécoise des pourvoiries et menés.quebec qui disaient haut et fort que la pêche aux poissons-appâts ne peut pas être un vecteur d'introduction d'espèces dans le fleuve puisque les poissons-appâts sont pêchés dans le fleuve et utilisés dans le fleuve contrairement aux dires des émissaires subventionnés du ministère.

La carpe sort du sac

Le 6 juillet dernier, cette fois-ci sans tambour ni trompette, le ministère a annoncé la saisie de carpes de roseau vivantes à Montréal sans donner de précisions quant aux établissements et individus visés. Une présence de carpes vivantes et nous pouvons supposer de carpes mortes et de déchets de poissons qui sont eux sans aucun doute des vecteurs d'introduction de traces d'ADN. C'est ce même phénomène qui s'est produit en Ontario avec la carpe de roseau en 2011 et qui selon Pêche et Océans Canada à introduit la carpe de roseau dans le Lac Ontario qui est tributaire du Fleuve St-Laurent. Il existe toutefois plusieurs barrières entre le Lac Ontario et le Fleuve St-Laurent au Québec ce qui nous permet de nous poser la question d'où auraient bien pu arriver les carpes de roseau détectées par Louis Bernatchez ? La réponse semble maintenant évidente : des communautés culturelles, d'établissements hôteliers et de commerces de détail de Montréal.

Dispersion des carpe de roseau
Dispersion des carpes de roseau au Québec et leur origine ?

La carpe de roseau à fait son introduction en amérique pour contrôler la végétation aquatique dans des lacs et cours d'eau. C'est dans les années '90 qu'elle s'est échappée de piscicultures pour se retrouver libre dans la nature.

Ce que vous ne saviez probablement pas, c'est qu'il est toujours parfaitement légal de s'en procurer dans plusieurs états américains pour contrôler la végétation dans des étangs et cours d'eau.

Endroits où se procurer des carpes de roseau

01Alberta et selon les études effectuées dans cette province, la reproduction de carpe de roseau n'a pas encore été observée dans le climat plus froid du Canada et des États-Unis.

02Pennsylvannie où la carpe est disponible pour l'achat dans 18 piscicultures.

03New York, vous pouvez vous procurer 15 carpes de roseau par acre de végétation aquatique à contrôler.

04Ohio, on vend les carpes lorsqu'elles ont entre 10 et 14 pouces.

Ces carpes sont supposés être stérilisées mais que le processus n’est pas efficace à 100% ?

La découverte par un pêcheur commercial d'une carpe de roseau dans le fleuve en 2016 et confirmé par les recherches d'ADN de Louis Bernatchez à provoqué un faux sentiment d'urgence pour un phénomème que nous avons vécu à plusieurs reprises dans le passé dans le fleuve avec l'arrivée de la carpe commune, de la moule zébrée, du gobie à tache noire qui ont tous été déclarés comme des catastrophes épouvantables. Il ne faut pas minimiser l'impact d'une autre espèce envahissante dans le fleuve et nous devons déployer les efforts nécessaires pour minimiser ses impacts, mais nous devons le faire en toute connaissance de cause.

Le 28 février 2017. le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs annonçait en grande pompe, sans avertir les partenaires fauniques, un « Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques » en invoquant « l'urgence » de la situation. Or, le ministère n'a jamais pris le temps de faire une étude du même type que « LA VÉRITÉ SUR LES CARPES ASIATIQUES ET LEUR DEVENIR AU QUÉBEC » de Raymond Faucher et n'a toujours rien publié de semblable à ce jour. Pourtant leur discours a évolué, ils ne parlent plus d'une carpe de roseau qui occuperait jusqu'à 90% de la biomasse en faisant un amalgame de toutes les espèces, on ne parle plus d'introduction d'espèces envahissantes avec les poissons-appâts mais plutôt de propagation. Tout comme nous venons de le vivre dans le dossier du Caribou de Val d'Or, nous nous rendons compte que le ministère prend des décisions sans fondement scientifique, il en est de même dans le cas de la carpe de roseau.

Force est de constater que nous sommes devant une «science» à géométrie variable. On invoque la science sans la partager en invoquant « des documents internes », on renie même sa propre science quand elle ne fait pas son affaire et les gens du ministère disent que la pêche sans les poissons-appâts vivants « devrait » fonctionner l'hiver quand leurs propres études prouvent le contraire.

Le ministère publie un avis scientifique comme justification de leur décision pendant que nous sommes en mesure de faire une analyse des impacts de la carpe de roseau dans le fleuve!

C'est ce double discours qui est intolérable, cette prise de décision orientée par une philosophie unique en Amérique du Nord qui oublie que l'humain fait aussi partie de son environnement. L'illusion de la science plutôt que la science.

Déformer des propos

Le ministère cite à profusion le document « The Introduction and Spread of Aquatic Invasive Species through the Recreational Use of Bait » comme source d'information dans leur prise de décision mais si vous prenez le temps de lire le document, vous vous rendrez compte qu'il est question de déplacements d'espèces d'un cours d'eau à un autre ce qui est interdit au Québec depuis fort longtemps. Lorsque l'on parle de conservation de pêche aux poissons-appâts vivants on parle de le faire dans le circuit fermé du fleuve et de ses affluents.

Selon le dictionnaire Larousse, la science se définie comme un : « Ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales. » Il serait grand temps que le ministère de la Forêts, de la Faune et des Parcs le comprenne.